Paris, le 20 mars 2003
Madame la Députée, Monsieur le Député,
SG/MJM/NA/2003/304
Le Président,
Madame la Députée, Monsieur le Député,
La semaine prochaine l’Assemblée nationale va examiner le projet de loi relatif aux assistants d’éducation.
Comme vous le savez, cette nouvelle mesure provoque depuis son annonce de grandes inquiétudes chez les jeunes, les familles et dans les établissements scolaires.
Le refus du gouvernement de tenir compte du rejet massif de ce projet par les partenaires du système éducatif y compris le MEDEF, au Conseil Supérieur de l’Education du 30 janvier 2003 [contre (50), pour (1), abstentions (5), refus de vote (8)], entraîne de graves perturbations dans les collèges et les lycées où les surveillants sont en grève, pour marquer leur opposition à ce qu’ils considèrent à juste titre comme la suppression programmée du statut d’étudiant maître d’internat ou d’externat.
Le gouvernement qui entend être "champion" du dialogue social méprise ainsi l’avis général.
Pourquoi sommes-nous opposés à ce projet ?
Tout d’abord, nous savons que le but premier est de supprimer des postes pour faire des économies budgétaires (suppression de 26 500 postes de surveillants et d’aides-éducateurs. Création de 16 000 postes d’assistants d’éducation : déficit 10 000 postes !) Nous ne pensons pas qu’un pays soit bien inspiré d’appliquer une politique de rigueur à l’éducation et la formation qui constituent non une charge mais un investissement pour l’avenir.
Au moment où l’on affiche une volonté de lutter contre la violence et d’inciter les jeunes à s’engager, à s’impliquer dans des projets, n’est-il pas contradictoire de réduire l’encadrement éducatif ?
Le remplacement des surveillants par des assistants d’éducation constitue une régression pour des milliers d’étudiants. Contrairement aux engagements de Monsieur FERRY, le texte ne prévoit aucune priorité de recrutement pour les étudiants.
Vous savez ?et peut-être en avez-vous bénéficié vous-même- que de nombreux jeunes ont pu continuer leurs études grâce à l’obtention d’un poste de surveillant.
Combien d’étudiants devront-ils abandonner leurs études si on leur préfère des "mères de familles ou des retraités" selon les termes d’une note du directeur de cabinet du Ministre adressée aux recteurs ?
Les temps partiels envisagés ne peuvent être considérés comme un progrès ni pour les étudiants ni pour les établissements. Comment vivre avec un demi-salaire ? Comment assurer une continuité éducative avec des emplois précaires à temps partiel ?
Les aides-éducateurs qui bénéficiaient d’un contrat de 5 ans seront recrutés pour 3 ans (renouvelable une fois, certes) mais est-ce un progrès ? Il s’agit toujours d’emplois précaires contrairement à ce que tente d’expliquer le gouvernement.
Les critères de recrutement posent également problème, nous n’avons aucune assurance sur les compétences requises si ce n’est le niveau bac, (les aides-éducateurs étaient recrutés à bac + 2 ce qui paraît être le minimum pour des activités éducatives).
La qualité de l’encadrement dans les établissements scolaires va, à l’évidence, en souffrir.
Le projet de décret reste très imprécis sur les modalités de recrutement. Les établissements auront-ils compétence en la matière ? Les commissions académiques qui statuaient sur l’affectation des étudiants candidats à un poste de MI-SE et d’aides-éducateurs et assuraient une égalité de traitement seront-elles maintenues ?
Le recrutement local nous paraît présenter de très graves dangers non seulement au niveau de l’équité vis-à-vis des candidats mais aussi de la qualité des recrutés.
Cette loi ne conduit à aucune amélioration du service public, bien au contraire.
Si vous l’approuvez, vous contribuerez à une régression de la qualité du système éducatif, et vous porterez un rude coup aux jeunes. Alors que le chômage les frappe de plein fouet et que le gouvernement se voit contraint de prendre des mesures de traitement social avec les CIE, CES, CEC prendrez-vous le risque de désespérer un peu plus cette jeunesse pour laquelle le pays devrait investir ?
Au nom des nombreuses familles que je représente, j’espère que vous mesurerez les conséquences de votre vote dont l’effet se fera sentir dès la rentrée scolaire prochaine, dans les établissements de votre circonscription. Vous comprendrez alors que les parents et les jeunes ne manqueront pas de vous interpeller sur les difficultés rencontrées.
Je vous prie de croire Madame la Députée, Monsieur le Député, en l’assurance de ma parfaite considération.
Georges DUPON-LAHITTE


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