Face à des comportements innacceptables de la part d’adolescents en quête de personnalité, l’exclusion pour fait de "blog" fait la une de l’actualité et tend à se généraliser. On peut du même coup se demander, si l’utilisation de l’exclusion comme unique réponse "éducative" par les établissements scolaires, n’aurait pas quelque peu tendance à devenir une pratique qui se banaliserait à la même vitesse que les injures dans le langage des collégiens. Que l’on veuille sanctionner l’utilisation abusive de l’image d’une personne quelle qu’elle soit, d’accord. Mais ne peut-elle se faire par d’autres moyens ? Cette situation qui se généralise, je veux parler tant de l’utilisation des blogs que des exclusions, doit sérieusement nous interroger tant sur les causes que sur les moyens employés pour combattre les effets pervers d’une forme d’expression suscitée et encouragée par des médias en quête d’audience et de développement commercial .
L"affaire" de Garges-lès-Gonesse, relayée par les médias est symptomatique de l’excès dans lequel peut se trouver une administration en difficulté de dialogue et de solutions alternatives à la sanction extrème.
Pour rappel trois collègiens ont utilisé les "blogs" de la radio Sky-Rock pour mettre des photos d’élèves et de professeurs avec des propos insultants et déplacés. Les élèves ont été exclus définitivement de l’établissement.
Les parents d’élèves FCPE contestent la procédure et le fond.
Sur la procédure :
1. Contrairement à la réglementation les convocations aux représentants des parents n’ont pas été adressées par lettre recommandée avec AR mais par lettre simple.
2. L’un des trois représentants n’a été convoqué que la veille du Conseil de Discipline et de ce fait ses droits à la consultation du dossier pour préparer le Conseil n’ont pas été respectés.
3. Les convocations par courrier simple ayant été envoyées la veille des vacances scolaires et l’établissement ayant été fermé durant toute cette période , il n’a pas été possible (plusieurs demandes téléphoniques ont été faites et réponse leur à été donnée de l’impossibilité de se rendre au collège) pour les parents de consulter les dossiers avec l’anticipation nécessaire.
4. Le Chef d’Etablissement a annoncé aux deux représentants des parents FCPE le jour de la consultation du dossier, le 7 mars, que les élèves seraient sanctionnés par une exclusion définitive hors de Garges. Les parents peuvent en témoigner. Ainsi le Chef d’Etablissement n’a pas respecté son obligation de réserve et à présumé de la décision du Conseil de Discipline instance "souveraine".
Remarquons au passage que la nouvelle composition du Conseil de Discipline avec deux enseignants supplémentaires depuis septembre pèse lourd dans la balance.
Enfin passons aussi sur l’état d’esprit qui devait régner dans ce Conseil de Discipline réuni, à un membre près, un jour de grève nationale annoncé depuis plusieurs semaines.
Sur le fond : Personne ne conteste que les élèves ont commis une faute grave et qu’ils méritent une sanction. Cependant, prend-on en compte que les élèves sont eux-mêmes victimes d’une sollicitation à fins commerciales de la part des différents médias qui proposent ces blogs ? 1 600 000 blogs recensés à ce jour sur Sky-Rock et 100 000 supplémentaires chaque mois. Or quelle information est faite dans les médias et au collège sur les limites à respecter, sur un rappel à la loi, sur le droit à l’image entre autres ? Nous FCPE, avons adressé des messages aux parents pour les alerter sur l’utilisation abusive par des jeunes en construction d’identité, d’un outil tel, que la portée dépasse sans commune mesure, le cadre du cahier intime de naguère. Par contre de la part de l’Education Nationale l’outil éducatif nous semble inopérant. Qui connaît le site travaillé avec le concours de l’Education Nationale (voir notre page d’accueil) pour permettre aux adolescents de se familiariser avec le droit à l’image et les règles d’utilisation déontologique de l’outil "blog" ? Il ne semble pas exister de CESC dans cet établissement, pas plus que de commission de médiation. Et dans combien d’établissements les CESC quand ils existent servent-ils à autre chose, dans le meilleur des cas, qu’à préparer la semaine du civisme, avec souvent un formalisme qui tue l’esprit d’initiative et décourage les bonnes volontés. Un conseil de discipline se doit d’examiner toutes les raisons de la faute, car il est encore un lieu d’éducation et pas seulement de répression.
Or les circonstances dans lesquelles ces fautes ont été commises, faute d’une instruction convenable et d’une menée des débats dans l’objectivité et la sérénité requise, n’ont pu être réellement prises en compte. Cela conduit inévitablement à la sanction infligée, la même à chaque élève, celle annoncée bien avant l’ouverture du Conseil par le Chef d’Etablissement, que nous estimons disproportionnée par la rapport à la faute. De ce fait, la portée éducative de cette sanction pour l’exemple nous paraît fort limitée et en contradiction avec les règles de droit. On ne juge pas pour les autres mais seulement l’élève en cause.
Le Chef d’Etablissement rejette toute notion d’influence sur les élèves, car extérieure à l’établissement, alors qu’elle est en grande partie la cause des faits ; il rejette également la prise en compte des procédures pénales qui ont déjà lourdement sanctionné l’un des élèves en cause (irruption tôt le matin par les forces de police dans la famille, mise en garde à vue de l’élève âgé de 13 ans, et perquisition de l’appartement). A considérer ses dires tout ce qui est fait en dehors de l’établissement ne concerne pas le Conseil de Discipline, pourtant c’est sur des outils extérieurs que cela s’est produit et non à l’intérieur du Collège. Il y a sans doute confusion dans le respect des règles mais pas seulement chez les familles et les élèves.
D’ailleurs dans la charte déontologique proposée aux élèves en début d’année pour l’utilisation exclusive du site informatique de l’établissement, il est bien précisé que les élèves mineurs ne sont nullement engagés par leur signature au bas de la page. C’est pourtant le non respect du réglement intérieur qui est invoqué pour le passage en Conseil de Discipline. Sans autre temps d’information, d’échange et d’approfondissement cela concourt à laisser bien des règles du droit dans l’ombre et l’approximation. Pourtant on pourrait penser qu’en matière de droit, de lois, de civisme et de citoyenneté des temps de réflexion et de travaux pratiques pourraient être menés dans les établissements pour que chaque collégien mesure par lui même les limites nécessaires pour développer le respect et le mieux vivre ensemble. Oui mais pour cela il faut d’abord en avoir la volonté et puis utiliser à bon escient les heures de vie scolaire et enfin ne pas se trouver coincés par une DHG revue à la baisse, notamment pour toues les heures qui ne sont pas des heures pures d’enseignement .
Manuel ALVAREZ


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