INÉGALITÉ FACE A L’INSÉCURITÉ A L’ÉCOLE
Selon une enquête de "victimation" menée par une équipe de sociologues entre 1995 et 2003, dirigée par l’universitaire Éric Debarbieux et remise au ministère de l’Éducation nationale jeudi 29 janvier, "plus d’un élève sur cinq se sent en situation de forte insécurité". Par ailleurs, si le sentiment d’insécurité a augmenté en huit ans pour les collégiens, il a régressé pour les écoliers. "Le Monde" daté samedi (p. 13) note cependant que "cette statistique globale masque l’ampleur de l’inégalité devant le risque, vécu beaucoup plus durement dans les établissements populaires". La durée de l’enquête permet de s’apercevoir que "le niveau de violence perçu par les élèves ne semble pas s’être aggravé ces dernières années : de 1995 à 2003, la proportion d’écoliers (CM1 et CM2) ressentant une forte violence a diminué de 26,4% à 21,3%". Dans le même temps, le pourcentage de collégiens ayant un sentiment d’insécurité a augmenté de 18% à 21,2%. Éric Debarbieux en déduit que "la violence en milieu scolaire est surtout, en France comme à l’étranger, une violence quotidienne, faite de petites victimations, de péridélits, bref de microviolences". Le quotidien souligne que l’auteur conclut notamment que "l’école n’est pas une ’forteresse assiégée’, dont les difficultés pourraient être réglées par une présence policière accrue, comme vient de le suggérer le ministre de l’Intérieur".
GRAND DÉBAT.
"Aujourd’hui" (pp.8-9) consacre une double page au débat national sur l’éducation. Les parents et enseignants veulent "du concret" et "une école qui motive plus" affirme le quotidien qui s’est penché sur "un sondage-bilan commandé par l’Éducation nationale". "Aujourd’hui" publie également une interview de Claude Thélot, président de la commission du débat sur l’avenir de l’école qui résume et commente les principaux points de cette enquête. Pour lui "l’enseignement principal" du sondage est le "scepticisme" exprimé par les personnes interrogées : 54% pensent que ce qu’ils ont dit ne sera pas pris en compt e. "Je répète" affirme au contraire Claude Thélot, que "les choses ne sont pas jouées".
Alimentation. Une semaine à tester des menus scolaires désormais alléchants.
A Paris, la cantoche met les grands plats dans les petits
Par Judith RUEFF LIBERATION
lundi 02 février 2004
Avant, la cantine, c’était la galerie des horreurs : langue de veau sauce aux cornichons, endives au jambon, céleri rémoulade, etc. Mais tout a changé. Aux portes des écoles, les menus font saliver. « Blanquette de colin provençale » ou « émincé de dinde au curry », « roulades de volaille » et « mélange fraîcheur ». Encore fallait-il tester ces repas qui, à Paris comme partout en France, sont soit achetés à des industriels, soit préparés dans des cuisines municipales... ce qui ne demanda qu’un peu de courage, 5,20 euros par déjeuner et le titre de parent d’élève (1).
Lundi : saucisses bio, purée de céleri
Dans cette école du XXe arrondissement, quartier populaire, c’est la société Scolarest (lire ci-contre) qui régale. L’entrée est classique et réussie : carottes râpées bien citronnées avec persil. « L’assaisonnement est fait sur place », précise la chef de cuisine, dont le rôle consiste surtout à faire réchauffer des barquettes toutes prêtes livrées la veille. Sara, 4 ans, et Shaïma, 4 ans et demi, ont aimé. Moins que les saucisses de volaille bio (pas mauvaises mais trop salées) et beaucoup plus que la purée de céleri. 80 % des élèves mangent à la cantine, 600 enfants déjeunent entre 11 h 30 et 13 h 30. Les tarifs s’échelonnent de 15 centimes à 3,20 euros, suivant le revenu des parentsComme un repas préparé par un restaurateur industriel coûte 5,50 euros, la différence est réglée par la mairie.
Mardi : rôti de veau, jardinière de légumes
Même quartier, autre école. Ici, on n’achète pas du tout-fait. Trois cuisinières assemblent les aliments envoyés par une cuisine municipale. La salade de blé et sa vinaigrette, le rôti et sa sauce. Les légumes arrivent surgelés. « On fait cuire sur place les saucisses et le poisson », se réjouit une petite dame replète et souriante. Et ce mois-ci, elle promet « l’apothéose » : des frites maison. En attendant le grand jour, Maurice et Demba demandent du rab de viande. Le XXe sert 13 000 repas chaque jour, mais doit sous-traiter la moitié en attendant la construction d’une vaste cuisine centrale. « On contrôle beaucoup mieux la qualité des produits quand on les achète nous-mêmes », explique Guy Benedetti, l’adjoint chargé des affaires scolaires.
Jeudi : sauté de boeuf (viande française du Limousin)
La mairie du XVIIIe a choisi de déléguer le service des cantines à la société Avenance. Le restaurateur s’occupe de tout, repas, personnel, entretien du matériel du self et même factures. Le tarif maximum (3,50 euros) est un peu plus élevé que chez les voisins. Le contrat passé pour quatre ans avec Avenance (1,7 million de repas par an) comporte un cahier des charges impressionnant. Produits AOC, viandes label rouge, poissons pêchés en France, tout y passe. « Revenir sur le choix de sous-traiter au privé aurait eu un coût prohibitif, expose l’adjoint du maire socialiste. Nous estimons aussi que ce n’est pas notre métier de faire manger les enfants. »
Dans l’assiette, c’est bas de gamme. La salade de maïs est triste, le poivron annoncé, inexistant. Le boeuf a beau être du Limousin, il reste dur. Le fromage blanc « issu de l’agriculture biologique », acide. « Si j’avais pas faim, je mangerais rien », résume un CE2. Sous prétexte qu’il faut davantage pour les plus grands, les portions des petits sont congrues. Les morceaux de pain (bio, encore), rationnés à quatre tranchettes.
Vendredi : sauté de dinde ou lieu frais sauce moutarde
Charlottes et tabliers blancs, six cuisinières se battent avec les gamelles en Inox. L’une bêche du riz dans une énorme cuve. Il faut l’égoutter encore croquant, car il continue de cuire pendant le transport en caisses isothermes. Deux autres sortent du four les filets de lieu (apportés de bon matin de Rungis), les nappent de sauce moutarde et cerfeuil. A 10 heures, 900 repas sont prêts à partir.
La caisse des écoles du XIIe gère en direct 42 cantines, du fournisseur de salades au service de table. Selon son directeur, la municipalité économise de cette façon 15 centimes par repas. « Je les ai mis dans l’assiette », se félicite-t-il. Le XIIe a investi 65 000 euros pour reconstruire une cuisine centrale. 13 heures, les élèves ont fini. C’est le tour des maîtresses qui, dans cet arrondissement, se pressent à la cantine. Le sauté de dinde au paprika et les haricots verts sont enfin convaincants.
(1) Les cantines scolaires sont ouvertes aux membres des associations de parents d’élèves et aux adhérents des caisses des écoles.
Les Français veulent une école plus motivante le parisien 2 février 2002 Parents et enseignants font entendre leur voix dans le débat sur l’avenir de l’école. Ce qu’ils veulent ? Du concret, clament-ils dans un sondage-bilan commandé par l’Education nationale. Leur priorité : une école qui motive plus, où l’on réussit mieux LE DEBAT sur l’avenir de l’école, lancé en novembre, est loin d’être achevé. Il a déjà mobilisé un million de participants dans toute la France. Si la question scolaire se focalise sur l’interdiction du voile et le projet de loi sur la laïcité débattu à l’Assemblée nationale à partir de demain, les parents et les enseignants affichent des préoccupations très concrètes : ils réclament d’abord une école plus motivante, plus efficace. Où l’on réussit mieux. Selon un sondage commandé par le ministère de l’Education nationale*, que nous nous sommes procuré, l’attente est forte : 61 % souhaitent que le débat aboutisse à de réels changements dans le système scolaire. Et que la loi d’orientation, présentée par le gouvernement à la fin de l’année, tienne compte des idées qui se sont exprimées. Même si la mobilisation a été très diverse selon les établissements, même si les parents n’ont représenté qu’un tiers des participants, même si les élèves en ont été quasiment absents (8 % des participants contre 47 % d’enseignants), une certaine idée de l’école émerge. Et des préoccupations essentielles se dégagent, nourries par des crispations évidentes sur l’échec scolaire, la violence, par l’obsession des résultats, par les difficultés d’orientation. Aujourd’hui, l’heure est au dépouillement de cette multitude de points de vue. La synthèse sera dévoilée fin mars, accessible sur le Web, suivie d’un livre, « le Miroir du débat », publié en mai. Retour en force du traditionnel « lire, écrire et compter » Que veulent vraiment les Français ? Du tangible, désespérément. Ils disent leur crainte de ne pas être entendus, et leur rejet de grandes orientations trop générales. Ce qu’ils réclament, d’abord, ce sont des solutions « pour favoriser la réussite de l’élève ». « Ce qui est révolu, résume Claude Thélot, chef d’orchestre de ce débat national, c’est le temps des programmes. Ce qui est essentiel, c’est ce que les élèves acquièrent. » Ainsi, au hit-parade des 22 thèmes proposés dans les réunions, un se détache nettement : « Comment motiver et faire travailler les élèves ». Les parents ont voulu l’aborder dans une réunion sur six. Mais les avis embrassent toute la vie scolaire : on débat sur les devoirs à la maison, les rythmes scolaires, les classes surchargées... L’inquiétude des parents , comme des enseignants, se traduit aussi avec un retour en force du traditionnel « lire, écrire et compter ». L’efficacité d’abord. Deux fois moins souvent traitées, la violence et les incivilités arrivent en deuxième position, presque à égalité avec la scolarité des jeunes en difficulté. Les parents, plus souvent issus de classes supérieures, réclament aussi d’être davantage entendus, associés. « Parmi les propositions qui émanent des familles, repère la commission, une sur trois avance l’idée de l’organisation une fois par an d’un débat parents-enseignants. Ce qui pourrait devenir un jour une obligation. » A la commission puis au gouvernement de démontrer maintenant que « rien n’est joué d’avance ». Au risque, sinon, de décevoir cruellement l’opinion, et de souffler sur les braises de la révolte enseignante. A titre d’avertissement, un appel unitaire et national à la grève vient d’être lancé pour le 12 mars. *Sondage TNS Sofres pour le ministère de l’Education nationale, réalisé auprès d’un échantillon de 1 000 personnes représentatif de la population ayant participé aux débats, puis interrogation téléphonique de 700 personnes du 3 décembre au 17 janvier.


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